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Humagora : encore de l'éthique !
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Ce n'est plus une mode, c'est un raz de marée. La responsabilité sociale envahit le quotidien médiatique et celui des entreprises... des grandes. Sur la scène du CNIT Paris la défense, plus de 60 dirigeants de toute l'Europe se sont succédés durant les rencontres Humagora 2001, pour témoigner de leur engagement social devant un amphithéâtre clairsemé.

On ne va pas laisser la planète avec les deux tiers de la population qui ne mangent pas à leur faim et un tiers qui manque d'eau ! Nous ne sommes qu'à l'aube de l'éclosion de ces problèmes, il est de notre devoir de nous y consacrer dès aujourd'hui martèle Yves Thibault de Silguy. Ni député vert en campagne, ni militant pour Greenpeace, l'homme qui tient ce discours est directeur général de Suez, un groupe responsable de l'alimentation en eau et en énergie de millions de foyers à travers le monde. Notre activité nous imposait comme devoir d'engager notre entreprise sur le terrain de l'aide. L'eau, l'électricité, c'est l'origine de la vie et nous devons en tirer les conséquences en matière de responsabilité environnementale aussi bien que sociale.
Les entreprises font des bonne oeuvres, et elles ont envie de le dire. Euro Disney, Schneider, SNCF, la Mondiale, Suez, IBM... les rencontres Humagora 2001 de l'Institut du mécénat de solidarité, réunissaient pour la huitième année les entreprises pionnières de la responsabilité sociale. Jeux de lumières, musique tonitruante pour accompagner l'arrivée des invités, dans un show à l'américaine les cadres dirigeants sont venus présenter et promouvoir leurs actions éthiques. Le tout patronné par la commission européenne partie en campagne (le terme officiel est marathon) pour convertir 500 000 acteurs économiques à s'engager dans la voie du responsable. Mais qu'est ce qui pousse les grandes à devenir mécènes et à jouer sur le terrain du social ? sûrement autant de réponses que de cultures d'entreprises.


 
  
SNCF : Mécène obligé

A la SNCF, la direction s'est lancée dans le mécénat social par nécessité. Il était hors de question de virer les SDF (Sans domiciles fixes) de nos gares ! explique Louis Gallois, président de la Société nationale. Aujourd'hui l'entreprise dispose d'une double structure : une mission solidarité qui s'attache à prendre en charge les personnes en grande exclusion et une fondation qui finance des actions sociales menées par des cheminots dans le milieu associatif (clubs de sports, réinsertion...). Ce sont des opérations qui, pour une fois à la SNCF, entraînent un consensus et créent une dynamique, mais ce n'était pas notre objectif premier rappelle son président.
Un investissement social qui se révèle extrêmement ardu à gérer dans le long terme. Notre difficulté est d'administrer la contradiction forte entre nos actions de mécénat et nos missions commerciales. En prenant en charge des SDF, nous alimentons le flux des sans abris dans nos gares, or, ceux-ci posent des problèmes à notre clientèle et à nos cheminots. En ce qui concerne le financement de foyers d'accueil nous portons une attention particulière à ce que ceux-ci ne soient ni trop loin, ni trop près de nos gares. Trop loin, les sans domiciles n'y vont pas, trop près, cela les attirent.


 
  
Un vrai projet d'entreprise

C'est aussi une question d'environnement qui a poussé la société d'assurance vie lilloise La mondiale, sur le chemin du socialement responsable. Nous sommes prospères dans une région, le Nord, qui connaît des difficultés économiques non négligeables. Mais notre engagement s'inscrit aussi dans une tradition régionale qui a de tout temps vu les entreprises faire du social admet Patrick Peugeot, président de La Mondiale. Il y a deux ans, il fonde AME, une association qui propose aux salariés de donner de leur temps pour des associations engagées sur le terrain de l'entraide.
Lors de la rédaction de notre projet d'entreprise, nous avons défini notre activité et le type de travail que nous souhaitions développer. Aux salaires et autres plans de formations, nous avons ajouté, la notion d'enrichissement personnel de nos salariés. Aujourd'hui, ils sont 80 sur 800 à s'investir. C'est devenu un vrai projet d'entreprise, il reste maintenant à faire des efforts de communication pour que les collaborateurs déjà engagés se sentent reconnus et donner envie aux autres de les rejoindre.


 
  
L'éthique n'a de sens que dans le long terme

Sur la scène de l'amphithéâtre Léonard de Vinci, hommes et femmes d'entreprises clament la nécessité et l'importance de s'engager plus avant dans ce mouvement. L'éthique n'a de sens que dans le long terme, elle est une valeur économique non négligeable ! insiste Françoise Gris, présidente d'IBM-France. Si notre société implantée dans l'hexagone depuis 1914 est encore vivante, c'est parce que nous sommes socialement responsables depuis le début. Nous avons construit une relation durable avec nos clients et nos salariés qui nous a permis de dépasser la crise des années 90 et d'assurer ainsi la transformation d'une entreprise industrielle en une société de service.
Aujourd'hui, ce qui fait la différence entre les acteurs de l'économie, c'est le comportement des hommes et des femmes renchérit Henri Lachmann président de Schneider Electric, Il y a quatre ans nous avons crée une fondation pour les jeunes afin que nos 70 000 collaborateurs s'engagent dans l'altruisme. Le succès est total : nos salariés ont un sentiment d'unité et de fierté.
Mais le risque est là de faire de l'éthique un simple instrument de gouvernement d'entreprise avertit Roland Puerto Martinez, professeur à l'université Paris 1, et de la vider de son sens... et de vider définitivement, par là même, un amphithéâtre qui avait déjà bien du mal à réunir un public composé seulement d'une petite centaine de personnes.


 
  
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Emmanuel Maistre