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Communication ou langue de bois ?
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Hier tout était simple. Le patron de l'entreprise ou les membres du service communication monopolisaient la parole devant les médias. Aujourd'hui, journaux, télés et radios veulent des vrais gens, des salariés, des experts, des cadres qui ont un point de vue personnel, débarrassé de cette fameuse langue "d'ébène".



Comment bien passer l'épreuve médiatique

La confiance, c'est fini !

Alain P : des deux côtés du miroir

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Comment bien passer l'épreuve médiatique


Hier tout était simple. Le patron de l'entreprise ou les membres du service communication monopolisaient la parole devant les médias. Aujourd'hui, journaux, télés et radios veulent des vrais gens, des salariés, des experts, des cadres qui ont un point de vue personnel débarrassé de cette fameuse langue "d'ébène". Alors les services de communication tentent de les former, de les persuader de ne dire que ce qu'il faut dire, en faisant mine d'en dire beaucoup plus. Souvent, ça marche. Parfois, ça frôle le ridicule. Et quand ça dérape, le communicant est là pour sanctionner.

Contrôler l'information

Alain Grégoire est à l'heure. Il a rendez-vous avec un journaliste. Ingénieur commercial chez Alsthom, il doit évoquer avec lui les futurs tramways, encore à l'état de prototypes. Entretien cordial, " totale confiance ". L'article dans un quotidien national. Le même jour, Grégoire est convoqué à la direction de la communication. "Pas invité à venir discuter avec le dircom dans son bureau, bel et bien convoqué ". Cette journée, il s'en souvient parfaitement. Elle lui a valu un avertissement. Motif : " divulgation d'informations confidentielles à l'externe, sans autorisation préalable du service communication"
Aujourd'hui, Alain Grégoire travaille chez le concurrent : Siemens. Mais à chaque fois qu'un journaliste le sollicite, il se précipite dans le bureau des attachés de presse avant de lui répondre. " C'est vrai : on est tyrannique avec les cadres qui risquent d'être un jour ou l'autre appelés par les médias, reconnaît Pierre Loing, du service de presse Renault. C'est normal, ils détiennent des informations qui intéressent directement la concurrence et parfois, ils ne savent pas eux-mêmes ce qui doit rester secret. "

Attachés de presse déguisés en experts

Alors, chez Renault, comme ailleurs, on les forme. Et on en choisit certains, qui serviront d'attachés de presse déguisés en expert. " On ne peut pas faire obstruction aux médias, ajoute Pierre Loing. Ils nous appellent : on leur sert d'aiguilleur. On a un type par service chargé de leur répondre. Et ce n'est pas forcément le plus élevé dans la hiérarchie, mais celui qui communique le mieux." En français : celui qui saura restituer le message souhaité. " C'est un exercice difficile. Il s'agit de lâcher des informations choisies et concertées, mais avec un côté suffisamment confidentiel pour attirer l'attention du journaliste. " Et pour faciliter la vie de ses cadres révélateurs de faux scoops, l'ex- régie a édité un mémento à leur intention. On y trouve le jargon des médias - " ne pas dire interview, mais itv " - et le nom des responsables des principaux organes de presse, histoire de placer au bon moment, un subtil " comment va Fog (Franz-Olivier Giesbert, ndlr) ".
Evidemment, il serait beaucoup plus simple pour les chargés de communication, rompus à l'exercice, de répondre eux-mêmes aux questions de la presse. " Mais on n'est pas crédible, se lamente ce responsable des relations extérieures de la BNP. Les médias veulent des spécialistes, même s'ils savent pertinemment que ces cadres leur diront la même chose que nous. Leur seule fonction donne du sens à leur discours. "
Les salariés, formés à " communiquer " avec les médias, sont aussi priés de surveiller leur langage en famille ou entre amis. L'extérieur de l'entreprise est un monde hostile. " Dans les banques, ça va tout seul, se rassure le responsable des relations extérieures de la BNP. Il y a une telle tradition de confidentialité dans le secteur que les gens sont habitués à se taire. " Une tradition qui fait parfois perdre aux censeurs des services de communication leurs réflexes de base. Lors de la crise qui a secoué le Crédit lyonnais, aucune information interne n'était disponible pour que le personnel puisse répondre aux nombreuses attaques des clients ou des médias.

Mots pour mots, la même réponse

Ailleurs, le message délivré en temps de crise est aussi simpliste qu'uniforme. Ce journaliste qui enquête sur la marée noire et son pourvoyeur, le groupe Total, a tenté une drôle d'expérience. " J'ai contacté des gens de l'entreprise par téléphone et j'en ai attendu d'autres à l'entrée du siège à la Défense. Neuf fois sur dix, j'ai eu droit à des réponses identiques, mots pour mots "
En gros, il émanait de ces entretiens un sirop communicationnel du genre " même si nous ne sommes pas responsables de cette catastrophe, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour tenter d'en limiter les conséquences. " Ce message, tenu également par le patron du pétrolier, Thierry Desmarest, a fait le tour des télés, des radios, et des journaux.
Dans cet univers de la langue châtiée, il reste heureusement quelques bavards indomptés. Quel est le portrait robot de ces renégats ? " Souvent ce sont des fournisseurs, constate Pierre Loing. Ils travaillent en amont sur des projets secrets et quand il s'agit de PME, elles ne sont pas du tout formées aux méthodes de relations avec l'externe ". Et finissent par dévoiler des projets au grand dam de leurs clients. " Quelques contrats ont déjà sautés à cause de ces comportements. "
Ruptures de contrats, avertissements : la communication se donne de nouvelles attributions.

Gilles Calandre (©Zelig)


 
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Zoom - La confiance, c'est fini !

Jacques Panciatici est directeur du marketing et de la communication d'Alfa Roméo en France. Il occupe ce poste depuis huit ans et juge l'évolution des relations extérieures.

" Il y a cinq ans encore, les relations avec les médias étaient surtout une affaire entre humains. On tentait évidemment de parler le mieux possible de nos produits, d'occulter les côtés négatifs. Mais on pouvait se permettre d'en dire trop sur des aspects stratégiques, sans que cela n'ait de conséquences et ne soit imprimé dans les journaux le lendemain matin. C'était un fonctionnement clair, une relation de confiance. C'est fini. Aujourd'hui, avec les fusions, les rachats et les rumeurs dans le secteur, toutes les petites phrases comptent. On vit dans une sorte de paranoïa et une autocensure continuelle. Dommage."

Gilles Calandre (©Zelig)



 
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Alain P : des deux côtés du miroir

Il travaille pour une grande entreprise française. Après plusieurs années passées au sein du service communication, il est aujourd'hui chargé d'étudier les produits de la concurrence.


Vous connaissez les deux côtés du miroir. Quelles sont les différences entre votre perception des médias aujourd'hui et celle que vous en aviez dans vos précédentes fonctions ?

    
Alain P. : Le poste que j'occupais au service communication était beaucoup plus confortable que celui où je suis actuellement. Mes rapports avec les médias sont moins clairs aujourd'hui. D'autant que pour ma nouvelle fonction, je fréquente tous les salons, où je rencontre énormément de journalistes. Je les connais et ils viennent me voir spontanément. La relation n'est pas simple.

Avez-vous régulièrement des consignes précises ? Des informations qu'il ne faut surtout pas divulguer ?

    
A.P. : Non. Toujours en raison de mes fonctions précédentes, j'ai suffisamment d'entraînement pour savoir jusqu'où je peux aller. Mais il arrive, de temps en temps, qu'une note interne et confidentielle me rappelle, à moi et à certains cadres, que telle ou telle info ne doit pas sortir de la maison. C'est généralement une piqûre de rappel. Car la divulgation d'un secret de ce type aurait des conséquences assez énormes sur l'entreprise elle-même pour que personne n'en parle, sans se forcer.

Et en cas de manquements à cette autocensure ?

    
A.P. : La dernière fois que cela s'est produit, le type a remis sa démission dans la journée.

Propos recueillis par Gilles Calandre (©Zelig)
 
 
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ADRESSES ET INFO UTILES

AFCI - Association française de communication interne 1 rue Edouard Branly - 92130 ISSY LES MOULINEAUX - 01 47 36 90 51 www.afci.asso.fr

La communication interne en France - ouvrage édité par la DAFSA - 1994 - Paris

La communication interne sous le choc des cultures - JACQUES PLATEAU in Les cahiers de la communication interne. Pour que les entreprises ne deviennent pas de nouvelles tours de Babel, comprendre et expliquer les systèmes culturels des autres.

 
 

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