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Jacques-Noël Leclercq : Il ne faut pas diaboliser l'entreprise !
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On connait Amnesty International pour ses actions auprès des gouvernements totalitaires et sa lutte contre la torture et la peine de mort. Beaucoup moins pour son implication sur le terrain économique et social. Pourtant, depuis dix ans, sa commission entreprise, rencontre entrepreneurs, cadres, étudiants... pour les convaincre de mener une politique sociale conforme aux droits humains. Jacques-Noel Leclercq, ingénieur en pré-retraite, dirige la petite équipe depuis le mois d'avril 2000. Entrevue.

 
  
Quel rôle joue la commission entreprise d'Amnesty International ?

Nous sommes une dizaine de bénévoles (actifs ou retraités) qui faisons avant tout de la sensibilisation et de l'information auprès des entrepreneurs, cadres mais également étudiants d'écoles de commerce.
Concrètement, nous rencontrons les dirigeants et essayons de les inciter à ne pas fermer les yeux sur les réalités sociales internes et externes à l'entreprise. Leur faire comprendre qu'il n'y a aucune incompatibilité entre prendre en compte les droits humains et les bons résultats financiers. Nous les incitons vivement à penser durable.

Vous agissez comme lobby, un groupe de pression ?
Non, nous intervenons plutôt comme une équipe de conseil. Nous militons, par exemple, pour que se mettent en place des chartes d'engagement éthique. Dernièrement nous avons rencontré le directeur de la communication du groupe LVMH qui élabore une charte pour l'horizon 2002.


 
  
Ces chartes éthiques ne sont-elles pas souvent de simples coups de communication ?

Cela peut arriver et c'est pour cette raison que nous militons aussi pour la norme SA8000 (norme qualité du développement durable - ndlr). Il faut que les dirigeants admettent les contrôles externes. En France seulement trois entreprises sont certifiées SA8000, les ASSEDIC, Celtipharm et Insudiet. Lors d'un séminaire de Shell réunissant des ONG, Christian Balmes, le président du groupe français, a annoncé son projet de s'installer en Chine. Nous lui avons dit combien il allait être critiqué et il nous a retourné la question : Comment faire pour éviter cela ? Notre réponse a été :Faites vous certifier SA8000 ! . Nous n'avons pas été entendu.

Comment êtes vous accueillis par les entreprises ?
Le plus souvent bien ! Car les sociétés gèrent cela comme un risque - le risque d'image. Du coup, il n'y a pas de problème, quand nous appelons, nous sommes reçus. D'autant plus qu'aujourd'hui, les grandes entreprises veulent quasiment toutes avoir un rôle social. Elles ont comme ambition de s'approprier l'intérêt général et sont donc obligées d'être à l'écoute d'une association comme la notre.


 
  
L'écoute et le dialogue, plutôt que l'opposition frontale et la dénonciation, ce ne sont pas les méthodes d'action traditionnelle d'Amnesty...

Nous faisons de l'opposition constructive comme l'a souligné, lors d'une rencontre, Thierry Desmaret, PDG de Total-Fina Elf. Au sein d'Amnesty certains nous accusent de pactiser avec les patrons, et à l'extérieur, on cherche parfois le couteau qu'on aurait entre les dents. (rire). Nous voulons avant tout ouvrir le dialogue. Je refuse de diaboliser les entreprises car je crois qu'il y a des dirigeants qui ont sincèrement envie de se mobiliser pour l'intérêt général. Nous étions invité, pour la première fois cette année, aux universités d'été du Medef. J'ai entendu Serge Dassault, dont le discours et l'attitude hautaine étaient, il est vrai, pathétiques. En revanche, Franck Riboux, le PDG de Danone a trois concordes d'avance. Il respire la modestie et ses propos sont emprunts de sens commun et de respect. Il ne faut surtout pas généraliser.

Vous appliquez la même méthode auprès des étudiants ?
Dans les écoles de commerce, nous proposons une conférence débat sur les Droits humains dans l'entreprise durant laquelle nous présentons notre action, et expliquons les notions d'éthique en entreprise : ce que sont les normes éthiques et sociales, les bénéfices et la nécessité de les appliquer. Plus il y aura des jeunes à la sortie de leur scolarité qui auront conscience de l'importance de penser avant tout humain, plus les entreprises changeront de l'intérieur.


 
  
En savoir plus...

La commission entreprise d'Amnesty organise également un club d'affaire trois fois par an. Ces séminaires à destination des cadres et dirigeants ont pour vocation d'informer et de sensibiliser aux questions des Droits de l'Homme dans l'entreprise. De la notation sociétale, au processus humain dans la gestion des achats, en passant par la norme SA 8000.
Visitez le site d'Amnesty International.


 
  
Emmanuel Maistre