réseau - 3 questions à - Jean-Michel Belorgey 
     

 
J.M. Belorgey : Les associations ont besoin des salariés
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Président de la Mission interministerielle pour la célébration du centenaire de la loi du 1° juillet 1901, Jean-Michel Belorgey plaide pour l'établissement de passerelles entre associations et salariés des entreprises. Entretien.

 
  
Quel bilan peut-on faire du rôle des associations, un siècle après l'adoption de la loi du 1er juillet ?

Elles ont été et sont toujours un lieu de découverte de nouveaux besoins et de nouvelles attentes, d'affirmation d'exigences éthiques, de mise au jour de nouvelles représentations des rapports sociaux et politiques. On leur doit aussi bien la prise en compte des difficultés des personnes handicapées que le développement du sport comme élément d'épanouissement de l'individu. L'idée chère aux urbanistes de remodelage des grands ensembles immobiliers en vue d'y restaurer des possibilités de vie sociale, vient aussi de l'univers associatif.
Elles ne pallient pas le désengagement de l'Etat, au contraire, elles pointent du doigt de nouveaux terrains sur lesquels l'Etat ne s'était pas encore investi.
Sont-elles porteuses de nouveaux métiers ?
Oui. Les métiers de l'animation et du travail social, les formateurs pour adultes ou encore les professionnels du tourisme social. En bref, tous ces métiers qui couplent un savoir faire culturel et social et une disponibilité à l'égard des difficultés d'être des personnes.
Ne sont elles pas aussi les garantes de valeurs citoyennes ?
Les associations sont un des fers au feu nécessaires pour équilibrer le politique d'un côté, le marché de l'autre, à condition que la nostalgie explicite ou implicite de ces deux références n'habite pas les militants associatifs, ou qu'ils ne se prennent pas pour le centre du monde en surévaluant les marges d'initiative et de liberté dont ils jouissent.


 
  
Existe-t-il des mesures favorisant l'engagement associatif du salarié ?

Le souci de favoriser cet investissement a conduit à prévoir l'organisation de congés cadre-jeunesse pour la formation de certains responsables associatifs d'origine salariée ou non. Il existe également un congé-représentation qui permet à un salarié de dégager du temps pour siéger, en qualité de représentants d'associations, dans des instances consultatives. La valorisation professionnelle des qualifications acquises en milieu associatif va aussi dans ce sens là.
Reste entière la question de la libération du temps du tout-venant des militants associatifs d'origine salariée, qui est à l'évidence plus complexe que celle de la libération du temps des militants syndicaux ou représentants du personnel ; l'objet des associations est moins circonscrit que celui des syndicats (la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs). En outre, étant donné l'importance du nombre d'associations en France, la question de leur représentativité est bien plus délicate encore. On pourrait envisager pour le salarié un congé associatif sous la forme d'un pool de Credits et conditions generales d'heures se rapprochant du système de congé formation tel qu'il était à l'origine.


 
  
On reproche souvent aux associations leur manque de professionnalisme....

Pour cette raison, elles ont besoin de professionnels comme collaborateurs salariés, et même, au nombre de leurs militants ; de professionnels compétents dans le domaine où elles sont investies, et, de professionnels en matière de gestion. Il faudra vraisemblablement en venir à admettre qu'une gestion désintéressée peut en partie reposer sur des dirigeants, élus ou salariés, rémunérés, pourvu que la rémunération servie soit significativement inférieure à celle du marché.

 
  
Emmanuel Maistre