boulot - 3 questions à - Florian Mantione 
     

 
Florian Mantione : Un bon candidat doit savoir ruser !
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Le Florian Mantione Institut publie, pour la troisième fois, son étude consacrée aux Curriculum vitae trompeurs. Le pape montpelliérain du recrutement analyse un phénomène qui semble inhérent à la recherche d .emploi et en tire les leçons. Entretien.

 
  
Job-attitude : Pourquoi réalisez-vous régulièrement cette enquête sur les CV trompeurs ?

Florian Mantione : Il y a quelques années, j'ai reçu dans mon cabinet un candidat qui indiquait dans son curriculum vitae qu'il appartenait à la promotion 1972 de Sup de Co Toulouse. Or, manque de chance pour lui, c'est l'année de ma promo dans cette même école, et je n'avais pas souvenir d'avoir usé mes fonds de culottes avec lui. Je l'ai charcuté quelques minutes pour rapidement découvrir qu'en guise d'études là bas, il n'y avait réalisé qu'un simple stage de trois semaines. Cela m'a éberlué et poussé à faire un questionnaire que j'ai diffusé auprès des entreprises et de candidats afin d'évaluer et de comprendre le phénomène. J'en suis à la troisième étude de ce type, les deux premières datant de 1989, et 1996. 495 entreprises et 1500 candidats y ont répondu.
J. A. : Notez vous une évolution de ces CV dans le temps?
F. M. : Les 3/4 des CV sont faux ou, pour nuancer, ont toujours quelque chose qui ne vas pas. Les chercheurs d'emplois sont prudents, la plupart du temps ils ne se dévoilent pas complètement ou s'embellissent un peu. C'est comme le maquillage pour une femme, le but est de se mettre en valeur. En matière d'évolution, je constate que l'on ment sur son age de plus en plus jeune. Précédemment les candidats se trouvaient vieux à partir de 55 ans. Aujourd'hui c'est passé à 45 ans. Les chercheurs d'emplois ont également tendance à exagérer sur leur niveau de langue (compétence de plus en plus demandée) et sur leur disponibilité. Il n'est pas rare que certains qui se prétendaient mobiles finissent par refuser un contrat parce que le poste est à 50 km de chez eux.


 
  
J. A. : Comment luttez vous contre ce maquillage ?

F. M. : Par la transparence. Sur mon site Internet ? je dévoile tout le détail des postes pour lesquels j'oeuvre. Je fais un topo sur l'entreprise, je décris point par point les missions que bien souvent j'ai aidé à définir, et j'indique le profil recherché. En bref, je me déshabille complètement.
Les candidats font donc le premier tri eux mêmes. J'estime que c'est la personne qui est d'abord la mieux placée pour apprécier l'adéquation au poste. J'ai comme méthode de me faire du candidat un allié. C'est ensemble qu'on doit résoudre nos problèmes. Ensuite, lorsque je les convoque, je leur demande de venir avec leurs diplômes, leur certificat de travail et leurs dernières fiches de salaires. Je suis très exigeant dès le départ.
J. A. : Vous a-t-on déjà menti de vive voix ?
F. M. : Oui comme ce candidat qui disait avoir fait l'Ecole normale supérieure,(ENS), mais qui avait égaré son diplôme entre ses nombreux déménagements et autres divorces. J'ai téléphoné à la rue d'Ulm et il s'est avéré que c'était faux. Je l'ai rayé de mes listes.
J. A. : Est-ce fréquent ?
F. M. : Assez pour avoir eu comme projet avec des collègues de faire une liste noire de ces personnes (rire). Mais l'idée n'est pas si rocambolesque! Une telle liste existe déjà au sein de la Direction des affaires sanitaires et sociales. Elle réunit les noms des individus qui ont essayé de truander l'organisme en faisant croire qu'ils avaient le diplôme d'état de kinésithérapeute, d'infirmier, ou de médecin.


 
  
J. A. : Quel risque prend un candidat en mentant ?

F. M. : D'être écarté par l'employeur si celui-ci mène une enquête. Un patron sur trois dit éliminer le postulant après vérification s'il y a mensonge. Mais d'un point de vue du droit, aucun risque. Toute la jurisprudence montre que c'est à l'employeur de chercher l'erreur. Le candidat a le droit de mentir sauf si l'élément sur lequel il a trompé est indispensable pour exercer sa fonction. Comme, par exemple, un diplôme de kinésithérapeute ; on ne peut exercer sans !
J. A. : A vous entendre, on a l'impression qu'on ment comme on respire dans les CV ?
F. M. : Oui, comme dans la vie. Prenez un commercial, s'il me dit que son produit est meilleur que celui du concurrent, il ment à sa manière. Ce mensonge c'est l'habileté du commercial. Dans l'habileté du chercheur d'emploi, il y a aussi cette part de mensonge. Il ne va pas indiquer des éléments qui le défavoriseraient. S'il le faisait, moi, en tant que patron, je le trouverais stupide et je ne l'embaucherais pas.
J. A. : Il doit donc ruser ?
F. M. : Oui, il doit jouer sur l'inférence c'est à dire avec les signaux qu'il envoie au recruteur. Par exemple, si je sors de mon attaché-case le journal l'Humanité, la personne qui me fait face peut conclure hâtivement que je suis communiste, ou encore lecteur de l'Humanité ou enfin, que j'ai acheté ce quotidien. Ce sont trois inférences car en réalité, un seule chose est certaine : j'ai ce journal sur moi. Un bon, candidat doit jouer sur l'inférence. S'il est faible en anglais, moi je lui conseille de mettre sur son CV la mention abonné à Newsweek. Cela ne signifie nullement qu'il le lit mais bien sur, ça le sous entend ! C'est de l'habileté et dans une entreprise, on a toujours besoin de salariés adroits.


 
  
En savoir plus...

Extrait de l'étude CV TROMPEURS du cabinet de conseil en ressources humaines Florian Mantione Institut.
Les chiffres présentés sont la représentation qu'ont les chefs d'entreprises de PME ou les DRH des comportements des candidats.


Le hit parade des trompeurs
 JamaisRarementSouventToujours
Commerciaux6%19%58%17%
Ingénieurs14%49%33%4%
Responsables RH 12%42%44%2%
Administratifs/comptables12%62%23%3%


Le candidat ment concernant son diplôme
JamaisRarementSouventToujours
10%54%35%1%


Le candidat exagère ses responsabilités réelles
JamaisRarementSouventToujours
1%24%70%5%


Le candidat surestime son niveau de langue
JamaisRarementSouventToujours
5%20%63%12%


 
  
Emmanuel Maistre